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Habitudes de jeu

Restauration de l’attention : pourquoi le calme ressource

La nature reposerait l’esprit fatigué. Ce que disent les preuves, pourquoi une image n’est pas un parc, et ce qu’un jeu calme peut en tirer.

  • 6 min de lecture
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Flurry et Sprout de part et d’autre d’un iPhone affichant l’écran d’accueil d’OutBrick sous un ciel nocturne, sur un mur de briques indigo
Illustration du journal

Après une longue période de travail concentré, une promenade dans un parc peut donner l’impression de poser un sac trop lourd. Une rue animée à l’heure de pointe, non. Les psychologues de l’environnement cherchent depuis des décennies à expliquer cette différence, et l’explication la plus connue, la théorie de la restauration de l’attention, a inspiré aussi bien les jardins d’hôpitaux que l’aménagement des bureaux. Elle est aussi souvent étirée bien au-delà de ses preuves, y compris par ceux qui conçoivent des applications et des jeux à l’allure apaisante. Voici ce qu’elle dit, ce que les études confirment, et ce qu’elle signifie, ou non, pour un écran.

Deux sortes d’attention

L’article de Stephen Kaplan de 1995 a posé le cadre. Il distingue l’attention dirigée, celle, coûteuse, qui vous permet de continuer à lire un rapport dense pendant qu’une conversation a lieu à côté, de l’attention involontaire, captée sans effort par ce qui est simplement intéressant. L’attention dirigée suppose de réprimer activement les distractions, et Kaplan soutenait qu’elle se fatigue à force d’être sollicitée, rendant les gens plus irritables, plus enclins à l’erreur et moins capables de planifier.

Selon cette vision, la récupération passe par un cadre qui permet à l’attention dirigée de se reposer. Kaplan a décrit quatre qualités d’un environnement ressourçant. Il procure un sentiment d’éloignement des exigences habituelles. Il a de l’étendue, l’impression d’un monde cohérent assez riche pour être exploré. Il offre de la fascination, surtout la fascination douce : des nuages, des feuilles qui bougent ou de l’eau, qui retiennent l’attention en douceur tout en laissant place à la réflexion. Et il est compatible avec ce que vous voulez y faire. Les milieux naturels réunissent généralement les quatre, d’où la place centrale de la nature dans la théorie.

La fascination douce est l’idée la plus originale du cadre, et la plus facile à reconnaître. Regarder un feu, des vagues sur le rivage ou des feuilles dans le vent retient votre attention sans rien exiger. Votre esprit est libre de vagabonder et de se poser. La fascination forte, comme un match au rythme effréné ou un jeu vidéo trépidant, capte elle aussi l’attention sans effort, mais l’occupe entièrement, laissant peu de place à la réflexion. Selon Kaplan, les deux reposent l’attention dirigée, mais seule la fascination douce laisse de l’espace pour penser.

Sources1Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169–182.

Ce que montrent les données

La théorie faisait des prédictions vérifiables, et les premières expériences semblaient prometteuses. Dans deux études, Berman, Jonides et Kaplan ont constaté qu’une promenade dans un parc, ou même le fait de regarder des photos de nature, améliorait les résultats à des tests d’attention dirigée, dont la répétition à l’envers d’une série de chiffres, par rapport à une promenade en ville ou à des images urbaines.

Les revues systématiques ont depuis nuancé le tableau. Ohly et ses collègues ont regroupé 31 études et trouvé des éléments en faveur de trois mesures, deux versions du test d’empan de chiffres et un test de traçage de piste, mais aucun bénéfice marqué dans les dix autres analyses qu’ils ont menées. Les études étaient généralement petites et mesuraient l’attention de façons très diverses.

Une revue actualisée de Stevenson, Schilhab et Bentsen a examiné 42 articles plus récents en cherchant à préciser quels processus mentaux réagissent. La mémoire de travail et la flexibilité cognitive s’amélioraient après une exposition à la nature, le contrôle attentionnel de façon moins fiable, avec des tailles d’effet faibles à modérées. Ce sont de vraies preuves d’un effet modeste sur certaines capacités, pas d’un rafraîchissement général du cerveau.

Une partie de l’incertitude tient à la théorie elle-même. L’attention dirigée est difficile à définir précisément, les études l’ont mesurée avec des tâches différentes, et on ne sait pas toujours si les participants étaient assez fatigués pour qu’une restauration soit visible. Les deux revues appellent à des études plus vastes et mieux conçues. Rien de tout cela ne signifie que la nature ne nous apporte rien : les gens disent régulièrement se sentir mieux dehors. Cela signifie que l’affirmation précise d’une restauration de l’attention est moins établie que ne le laissent entendre les présentations grand public.

Sources2Berman, M. G., Jonides, J., & Kaplan, S. (2008). The cognitive benefits of interacting with nature. Psychological Science, 19(12), 1207–1212.3Ohly, H., White, M. P., Wheeler, B. W., Bethel, A., Ukoumunne, O. C., Nikolaou, V., & Garside, R. (2016). Attention Restoration Theory: A systematic review of the attention restoration potential of exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 19(7), 305–343.4Stevenson, M. P., Schilhab, T., & Bentsen, P. (2018). Attention Restoration Theory II: A systematic review to clarify attention processes affected by exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 21(4), 227–268.

Une image n’est pas un parc

Il est tentant de conclure que si une photo de forêt peut aider, un écran plein de verdure devrait suffire. Les données disent le contraire. Stevenson et ses collègues ont constaté que les expositions réelles pourraient avoir un effet ressourçant plus fort que les virtuelles, même si les expositions réelles duraient aussi généralement plus longtemps. Browning et ses collègues ont ensuite regroupé six expériences comparant des milieux naturels réels à des versions simulées des mêmes lieux, avec le même questionnaire d’humeur avant et après. L’humeur positive augmentait dans les cadres réels mais pas dans les simulations. Les deux types de cadre tendaient à réduire l’humeur négative.

Autrement dit, la nature simulée peut apaiser, mais il semble lui manquer quelque chose qui rend la vraie nature revigorante. Voilà qui compte pour quiconque serait tenté de voir un écran aux couleurs de la nature comme un substitut à une sortie dehors.

Sources4Stevenson, M. P., Schilhab, T., & Bentsen, P. (2018). Attention Restoration Theory II: A systematic review to clarify attention processes affected by exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 21(4), 227–268.5Browning, M. H. E. M., Shipley, N., McAnirlin, O., Becker, D., Yu, C.-P., Hartig, T., & Dzhambov, A. M. (2020). An actual natural setting improves mood better than its virtual counterpart: A meta-analysis of experimental data. Frontiers in Psychology, 11, 2200.

Ce qu’un jeu calme peut honnêtement emprunter

Le Voyage d’OutBrick traverse 167 villages en briques, parmi lesquels Lavender Hills, Bamboo Springs et Firefly Wetlands. Nous soignons leur apparence et nous espérons qu’il est agréable de les traverser. Ce n’est pas la nature, et rien dans les recherches ci-dessus ne nous dit que les regarder restaure l’attention. Le puzzle lui-même est l’inverse de la fascination douce : résoudre un plateau, c’est par nature de l’attention dirigée.

Ce qu’un jeu peut emprunter au cadre de Kaplan, c’est l’absence de ce qui épuise l’attention. Pas de compte à rebours, pas de récompenses clignotantes, pas de voix qui réclame une réponse, rien qui interrompe le plateau. OutBrick respecte le réglage Réduire les animations du système, et ses neuf amis en briques ne parlent que par bulles de texte. Cela en fait une forme d’effort plus paisible, pas un effort ressourçant. Nous expliquons plus en détail cette différence dans ce qui rend un jeu de réflexion apaisant, et vous pouvez voir les villages sur le Voyage.

Ce qu’on peut honnêtement dire d’un jeu court et calme, c’est ce qu’étayent d’autres articles de notre journal : après un travail exigeant, il peut remonter le moral, comme nous l’avons vu dans les micro-pauses au travail. Si c’est une attention restaurée que vous cherchez, les données pointent vers l’extérieur.

Sources1Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169–182.5Browning, M. H. E. M., Shipley, N., McAnirlin, O., Becker, D., Yu, C.-P., Hartig, T., & Dzhambov, A. M. (2020). An actual natural setting improves mood better than its virtual counterpart: A meta-analysis of experimental data. Frontiers in Psychology, 11, 2200.

Un ordre de préférence pratique

Si votre attention s’effiloche et que vous avez quelques minutes, la recherche suggère à peu près l’ordre suivant. Rien n’a besoin d’être spectaculaire : une courte promenade compte. Et si vous voulez simplement un petit changement de rythme satisfaisant, c’est aussi une bonne raison de jouer, comme nous l’expliquons dans pourquoi un puzzle de deux minutes peut faire l’effet d’une vraie remise à zéro.

  • Une promenade dans un endroit vert, même un petit parc ou une rue bordée d’arbres.
  • Quelques minutes à regarder par la fenêtre le ciel, des arbres ou de l’eau.
  • Des images ou des vidéos de nature, qui peuvent vous apaiser même si elles remontent moins le moral que la réalité.
  • Un jeu court et calme ou une autre activité absorbante, pour un regain d’humeur plutôt qu’une attention restaurée.
  • À éviter si possible : les cadres qui exigent une vigilance constante, comme une circulation dense ou un flot d’alertes.

Sources2Berman, M. G., Jonides, J., & Kaplan, S. (2008). The cognitive benefits of interacting with nature. Psychological Science, 19(12), 1207–1212.4Stevenson, M. P., Schilhab, T., & Bentsen, P. (2018). Attention Restoration Theory II: A systematic review to clarify attention processes affected by exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 21(4), 227–268.5Browning, M. H. E. M., Shipley, N., McAnirlin, O., Becker, D., Yu, C.-P., Hartig, T., & Dzhambov, A. M. (2020). An actual natural setting improves mood better than its virtual counterpart: A meta-analysis of experimental data. Frontiers in Psychology, 11, 2200.

Vos questions

Quelques réponses utiles

Qu’est-ce que la théorie de la restauration de l’attention ?

Élaborée par Rachel et Stephen Kaplan, la théorie de la restauration de l’attention propose que l’attention soutenue se fatigue à l’usage et récupère dans des cadres qui captent l’attention en douceur, comme la nature. Ces cadres procurent un sentiment d’éloignement, de l’étendue, une fascination douce et une compatibilité avec ce que vous voulez faire.

Regarder des images de nature améliore-t-il la concentration ?

Certaines expériences ont montré que regarder des images de nature améliorait les résultats à des tests d’attention, mais les revues montrent que les effets sont modestes et inconstants. Les vrais milieux naturels semblent plus efficaces que les simulations, du moins pour l’humeur.

Un jeu vidéo peut-il restaurer l’attention ?

Rien de solide ne montre qu’un jeu restaure l’attention au sens où l’entend la théorie, puisque résoudre des puzzles mobilise l’attention dirigée. Des jeux courts et occasionnels se sont révélés capables d’améliorer l’humeur après un travail exigeant, un bénéfice plus modeste mais réel.

La nature virtuelle vaut-elle la vraie ?

Pas pour l’humeur. Une méta-analyse de six expériences a montré que l’humeur positive augmentait dans de vrais milieux naturels mais pas dans leurs versions simulées, même si les deux tendaient à réduire l’humeur négative.

APA 7

Références

Les références sont citées dans leur langue d’origine. Quand une source relève de l’histoire racontée par un studio ou d’un article de presse plutôt que d’une étude, l’article le précise à côté de l’affirmation.

  1. Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169–182. doi.org/10.1016/0272-4944(95)90001-2 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Berman, M. G., Jonides, J., & Kaplan, S. (2008). The cognitive benefits of interacting with nature. Psychological Science, 19(12), 1207–1212. doi.org/10.1111/j.1467-9280.2008.02225.x (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Ohly, H., White, M. P., Wheeler, B. W., Bethel, A., Ukoumunne, O. C., Nikolaou, V., & Garside, R. (2016). Attention Restoration Theory: A systematic review of the attention restoration potential of exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 19(7), 305–343. doi.org/10.1080/10937404.2016.1196155 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  4. Stevenson, M. P., Schilhab, T., & Bentsen, P. (2018). Attention Restoration Theory II: A systematic review to clarify attention processes affected by exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 21(4), 227–268. doi.org/10.1080/10937404.2018.1505571 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
  5. Browning, M. H. E. M., Shipley, N., McAnirlin, O., Becker, D., Yu, C.-P., Hartig, T., & Dzhambov, A. M. (2020). An actual natural setting improves mood better than its virtual counterpart: A meta-analysis of experimental data. Frontiers in Psychology, 11, 2200. doi.org/10.3389/fpsyg.2020.02200 (s’ouvre dans un nouvel onglet)

Écrit par

OutBrick Editorial Desk

La rédaction d’OutBrick transforme la recherche sur les joueurs, les pratiques d’accessibilité et les leçons de fabrication d’un jeu en notes utiles et faciles à lire.

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